Et si l’on prenait le métier de développeur au sérieux ?

Dev
16 février 2017
Mais on t’engueule pas, on t’explique avec tonicité et vigueur, ça n’a rien à voir !

Voilà quelques temps que nous avions eu l’idée d’un article où nous défendrions bec et ongle l’honneur du développeur. Mais vous savez, la promo BigBang, la préparation des prochaines sessions, la Grande École du Numérique : autant de sujets prioritaires qui ont accaparés tout notre temps et notre énergie. Donc les billets d’humeur aux élans chevaleresques ont vite été remis sous la pile. On verra ça plus tard.

Mais voilà, nous baguenaudions sur la toile, épluchions quelques news sur le monde du développement web et nous tombions sur un article, puis deux qui proposaient à des étudiants de devenir développeur en seulement quelques jours.

On lit l’article, une fois, puis deux : non, ce n’est pas une boutade. C’est sérieux. Il y a véritablement des personnes, quelque part, en France et ailleurs, qui vous proposent de devenir développeur en une semaine ou deux. Deux réactions possibles après lecture de cet article : on rigole, et on passe à autre chose ou on rigole mais quand même, on décide d’écrire un petit billet pour réhabiliter le métier que nous avons la lourde tâche d’enseigner.

On a opté pour la deuxième solution.


C’est impossible

On va tuer le peu de suspens qui subsistait : nous sommes évidemment, irrémédiablement et fondamentalement en désaccord total et sans partage (on en fait un peu trop là non ?) avec une telle proposition. Et les personnes qui proposent ces formations éclair, savent pertinemment que c’est impossible.

Je sais ce que vous allez dire « C’est anecdotique » et qu’en réalité, ce genre d’annonce tient davantage du coup de buzz que d’un miracle pédagogique. On est d’accord là-dessus. Mais au final, cet effet d’annonce sans méchanceté, s’alimente d’un sujet beaucoup plus important : le métier de développeur n’est pas pris au sérieux.

Être développeur, ce n’est pas juste savoir coder.

Tout est une question de mot. Et de marketing. « Deviens développeur en X jours ! » c’est limpide. On comprend qu’en une poignée de jours, nous allons acquérir toutes les compétences, le savoir-faire et le savoir-être pour se définir en tant que développeur. Ça fait carrément rêver.

Mais le principe du rêve, c’est que ce n’est pas la réalité. Que se passe t-il ? Le stagiaire est séduit par la promesse, il signe et au bout d’une semaine, il se rend compte avec effroi qu’à part poser quelques balises HTML et faire joujou avec un éditeur de texte : il ne sait pas faire grand chose. Il sait juste un peu coder. En gros, il bidouille un peu en HTML et a déjà touché au CSS. C’est tout.

Ça parait évident mais il vaut mieux le répéter : on ne devient pas développeur en quelques jours. On s’initie au code. Et c’est déjà bien. Mais le verbe s’initier, c’est tellement moins impactant que devenir…

"Devenir médecin en deux mois ? C'est maintenant possible avec FastDoctor !"
«Devenir médecin en deux mois ? C’est maintenant possible avec FastDoctor !»


Avoir déjà codé ne fait pas de toi un développeur
. Moi par exemple, j’aime faire de la pâtisserie. Quand j’ai deux heures de libre, je fais des cookies. Tout ça est passionnant. Je tiens également à préciser que mes cookies sont bons, très bons même. Mais ils pourraient être les meilleurs du monde, que je ne me considérerais pas comme pâtissier. Non, je suis juste un mec qui fait des cookies et qui s’embarque dans des métaphores trop longues. Savoir coder, c’est savoir faire des gâteaux. Savoir faire des gâteaux, ne fait pas de toi un pâtissier. Savoir poser des lignes de code, ne fait pas de toi un développeur.

Savoir que l’on ne sait pas, c’est déjà savoir.

Pourquoi ce parallèle avec les cookies ? Parce que vous savez ce que sont des cookies. Vous en avez déjà vu, vous en avez déjà mangé. Bon, si vous n’en avez jamais fait, vous allez sûrement faire n’importe quoi la première fois. Vous allez vous tromper sur les quantités, mettre les éléments dans le désordre, les cuire n’importe comment. A la fin, ce sera peut-être même pas comestible. Mais le concept de cookie ne vous échappera pas. Vous savez ce qu’est « faire des cookies ».

Cookies

Merci à Bloup pour la délicieuse photo !

Mieux, vous savez très bien que vous ne savez pas faire des cookies. Vous savez que vous allez faire un truc dégueu, ou cramé, ou les deux. Mais, vous arrivez à mesurer la difficulté, et à identifier une marge de progression.

Avec le développement web, c’est une autre paire de manche. Vous ne savez même pas ce que vous ne savez pas. Comment quantifier la difficulté d’une discipline qui vous est totalement inconnue ? C’est impossible.

Ne pas avoir peur de la difficulté

On ne peut pas reprocher aux personnes de vouloir aller vers la facilité. Surtout aujourd’hui. Nous vivons dans une société de l’immédiateté. La patience n’est plus une vertu, elle est une rareté. On veut tout, tout de suite et sans se donner le temps de l’obtenir.

Non, on ne devient pas développeur en quelques jours. Ceux qui ont pondu le slogan le savent. Mais c’est vendeur. Et ils ont conscience que vous ne savez pas en combien de temps on devient développeur. Mais en réalité, personne ne le sait.

Chez O’clock, on propose une formation de 5 mois. En 5 mois, à temps-plein, on apprend énormément de choses. Au bout de 5 mois, on acquiert beaucoup de compétences. Ça nous laisse beaucoup de temps pour creuser les notions. On ne fait pas simplement du code, on arrive à comprendre à quoi sert notre code. On développe des compétences, des réflexes et on se professionnalise.

Seulement, on refuse de mentir aux étudiants. On ne le cache pas, la formation est compliquée et oui : « Vous allez en baver ». Et 5 mois, à ne faire que ça, matin et soir, ne sera pas de trop, croyez-nous !

Le métier de développeur est exigeant et demande beaucoup d’attention. Il appelle les étudiants à faire preuve d’autonomie, et de débrouillardise. Des compétences que le meilleur des formateurs ne saurait transmettre. Ce métier est ouvert à tous les profils, c’est vrai. Mais il n’est pas destiné à tout le monde. Et nous refusons de maquiller cet état de fait.

La difficulté ne s’élude pas, elle s’affronte. Nos étudiants appréhendent l’obstacle comme une épreuve ludique, et l’échec comme un pas de plus vers la réussite. Mais on se refuse de complaire nos étudiants dans une fausse facilité. Non, être développeur, c’est tout sauf du gâteau ! (voilà, comme ça : la boucle est bouclée).


Diantre, respectons les développeurs !

Si l’on rêve d’une société numérique, il va falloir commencer à s’intéresser à ses artisans.

Développeur, c’est pas un métier ça, si ?

Le métier de développeur a le vent en poupe. « Un métier d’avenir », « Un secteur qui recrute », « Un job cool » peut-on lire partout. Et ce n’est pas faux. La société devenant numérique, nous avons besoin de développeurs pour la construire. Ce rôle de « bâtisseur du monde de demain » étant extrêmement valorisant, le développeur a la cote.

Aujourd’hui, tout le monde veut être développeur ! Et nous nous réjouissons que de plus en plus de personnes puissent se passionner pour ce métier mais nous reconnaissons également que beaucoup de candidats sont très mal informés quant aux exigences qu’implique ce domaine.

C’est le revers de la médaille. Le marketing s’est emparé du développeur web et s’est empressé de nier quelques aspérités de ce beau métier pour le vendre aux plus nombreux.

Seulement, à force de vouloir tout édulcorer, on risque de porter atteinte à toute une industrie. Gommer la dureté de son apprentissage, c’est le meilleur moyen de banaliser le développement web et les compétences de ceux qui exercent cette profession.

En total contradiction avec les valeurs d’un développeur

Tous les développeurs vous le diront. La première qualité à avoir, c’est l’humilité. Un développeur humble, est un développeur qui sait qu’il ne connait pas tout, et qu’il ne pourra jamais tout savoir. C’est un métier qui évolue, et qui évolue rapidement. Un développeur n’est jamais véritablement un développeur. Il est toujours en apprentissage.

Et c’est cette humilité qui le pousse à apprendre, tous les jours. A se tenir informé des nouvelles technos, à chercher de nouvelles ressources, de nouvelles méthodologies.
Bien sûr, il est développeur car il a acquis un savoir-être. Il sait comment réagir face à une situation imprévue. Il a des réflexes et une intelligence opérationnelle que le temps lui a accordé.

Et même si tout n’est pas une question de temps mais d’intensité, on peut tout de même dire sans hésiter que quelques jours ne vous permettent pas d’entrevoir toute la richesse que vous offre ce métier.

Le rôle des médias

Combien de temps devons nous mobiliser pour apprendre le métier de développeur ? En 5 jours, en 5 mois ? En deux ans ? Ici, la réponse n’est pas importante. Le véritable problème, c’est que l’on puisse mettre toutes les offres dans le même panier.

Aujourd’hui, il est crédible de pouvoir clamer au monde : « On vous forme au métier de développeur en 60h, repas compris ! » Si cette offre discrédite les développeurs et désinforme les étudiants déboussolés, elle permet aussi de faire un amalgame entre les vraies écoles web et ces formations d’appoint.

Le plus triste, c’est que ce type de « formation » arrive à se trouver une place dans les médias. On peut le comprendre. Une offre pareil, c’est suffisamment insolite pour être partagé. Même si c’est irréalisable, ça fait du clic.

Les médias ont un énorme rôle à jouer dans l’émergence de ce secteur. Il ne s’agit pas seulement de relayer les différentes offres de formations, il s’agit surtout de faire de la pédagogie sur ce qu’est le métier de développeur, sur le travail qu’il demande et évidemment sur les possibilités d’évolutions qui sont offertes aux futurs étudiants.

A ce sujet là, nous saluons l’aventure de Paul Conge, un journaliste qui s’est essayé au développement web ! Il raconte son périple ici : http://www.letudiant.fr/jobsstages/comment-je-suis-devenu-developpeur-en-un-mois-lecon-4-sortir-le-grand-jeu.html

jeu en javascript

Paul qui développe un jeu avec Javascript !

On n’en demande pas tant, heureusement ! Mais voilà un journaliste qui a surement compris tout l’enjeu : prendre ce métier au sérieux, c’est prendre l’avenir de notre société au sérieux !


Attention, on n’est pas entrain de dire que les médias relaient n’importe quoi et qu’ils feraient mieux de parler de nous ! Oh que non. D’ailleurs, il ne s’agit pas que de nous. Et bon nombres d’écoles de qualité commencent à se faire un nom, comme la Wild Code School ou Simplon. Nous en sommes très heureux.

Nous aimerions seulement que toute l’attention soit portée sur l’étudiant et que l’on puisse l’aiguiller vers le pragmatisme, au lieu du sensationnel. La réalité est moins sexy.

Chez O’clock, on propose 5 mois de travail acharné. Et nous avons conscience qu’au bout de ces 5 mois, il seront encore loin d’avoir terminé leur apprentissage car comme beaucoup de développeurs aiment le dire : « I’m a junior developer for life »

Voilà, c’était notre petit coup de gueule. Un coup de gueulounet disons. Le développement web, comme tout autre domaine, demande du travail et de la patience. 5 jours, 6 mois, 10 ans c’est anecdotique. Ce qu’il faut retenir c’est que l’on n’obtient rien sans travail. A part des regrets peut-être…
O’clock, l’école de développement web nouvelle génération