PEUX-TU TE PRÉSENTER EN QUELQUES MOTS ?
Je m’appelle Leslie Bigot, j’ai 48 ans et je vis à Tours. J’ai suivi la formation CDA à O’clock de mars à novembre 2025, au sein de la promotion Gilgamesh.
Après des études de biologie et biochimie, j’ai passé 25 ans en chimie analytique dans l’industrie pharmaceutique, avec quelques expériences en recherche, en agroalimentaire et en cosmétiques à mes débuts. Aujourd’hui je suis Administratrice LIMS et développeuse d’applications internes chez Cébiphar, un poste qui réunit vraiment mes deux vies professionnelles.
APRÈS 25 ANS EN CHIMIE ANALYTIQUE, QUEL A ÉTÉ LE DÉCLIC POUR PLONGER DANS LE DÉVELOPPEMENT WEB ?
Le processus a commencé bien avant la formation, dès 2023. Deux signaux que je n’aurais jamais imaginé être le point de départ d’une telle aventure : une douleur à la jambe qui gênait mon travail au laboratoire, et un ennui profond après des années de tâches répétitives. J’avais le sentiment d’être cloisonnée, avec peu de perspectives d’évolution dans mon domaine.
J’avais pensé trouver du renouveau en changeant d’entreprise, mais ce fut l’inverse. Il fallait faire quelque chose de plus radical.
J’ai alors entamé un bilan de compétences de huit mois, qui m’a permis d’identifier trois métiers compatibles avec mon profil. Après analyse, j’ai choisi celui qui offrait le plus de débouchés et dont la formation était compatible avec ma vie de famille, le développement d’applications. S’en est suivi plusieurs mois de montage du dossier de financement, que j’ai préparé de façon méticuleuse, en passant même à 90 % dans mon poste pour mieux m’y consacrer. Et j’ai obtenu mon financement du premier coup.
QU'EST-CE QUI T'A DÉCIDÉE À TE LANCER DANS CETTE RECONVERSION DÉVELOPPEUSE WEB À 48 ANS ?
J’avais vraiment envie de repartir de zéro et de m’aventurer dans un domaine totalement inconnu, j’en avais un besoin vital. Et je crois que c’est justement mon âge et ma maturité qui m’ont donné le courage de me lancer, pas l’inverse.
Ma plus grande peur n’était pas l’apprentissage en lui-même. C’était de ne pas obtenir le financement nécessaire pour suivre la formation. J’ai poussé un grand soupir de soulagement le jour où il a été accordé, parce que c’est à ce moment-là que la découverte, l’aventure et les rencontres se sont vraiment ouvertes à moi.
Le syndrome de l’imposteur, lui, est comme un boulet que je traîne depuis le début du processus, et même avant, malgré mon expérience. Il revient toujours comme un boomerang. J’essaie de prendre du recul en me rappelant que j’ai le droit à l’erreur et d’être une néophyte.
QU'EST-CE QUI A FAIT PENCHER LA BALANCE VERS O'CLOCK ?
Le bouche-à-oreille d’abord. Puis un premier contact avec l’équipe de O’clock qui a été constructif et rassurant sur le sérieux de l’école. La formation entièrement à distance était aussi un critère déterminant, elle me permettait de concilier formation et vie de famille.
Le choix de l’école faisait partie intégrante de mon dossier de financement, j’avais donc bien évalué les options avant de me décider.
« O’clock correspondait bien à mes contraintes et à mes ambitions. »
COMMENT AS-TU VÉCU LA FORMATION À DISTANCE AU QUOTIDIEN ? LE RYTHME, L'ISOLEMENT, LA PRESSION ?
Au début, j’arrivais bien à suivre et j’étais contente de ma progression. Mais la formation est vraiment intensive, pas le temps de digérer une notion qu’on en attaque une nouvelle. L’école donne des conseils judicieux sur la gestion du rythme de travail, mais malgré cela, l’épuisement s’est installé en fin de formation, et les doutes avec lui.
Mon erreur pendant la formation a été d’hésiter à poser des questions. Dans ma promo, certains apprenants avaient déjà des bases solides alors que je partais de zéro. Par honte, je n’osais pas toujours lever la main. C’est une erreur à ne pas reproduire, tout le monde est là pour apprendre, les parcours sont différents, et poser une question aide souvent toute la promo. Les formateurs en ont parfaitement conscience et sont bienveillants.
Ce que j’aurais aimé savoir avant de commencer : l’objectif n’est pas de réussir tous les exercices à tout prix, mais de bien comprendre chaque notion. Mieux vaut réaliser une petite partie des exercices en comprenant vraiment ce qu’on fait, plutôt que de tout boucler en surface. Je recommande de faire des fiches de révision, de s’entraîner à expliquer les notions à voix haute, ça ancre vraiment les apprentissages. Et surtout : ne pas se comparer aux autres.
QUEL A ÉTÉ LE PLUS GRAND CHALLENGE PENDANT L'APPRENTISSAGE ?
Le plus grand challenge n’était pas un outil ou un langage en particulier. C’était de s’accrocher. Chaque nouvelle notion arrivait avant d’avoir vraiment digéré la précédente. En fin de parcours, quand l’épuisement s’installait et que la difficulté des exercices augmentait, j’ai commencé à douter sérieusement de ma capacité à y arriver.
C’est pourtant le projet final en équipe « l’Apothéose » qui a tout changé.
« C’est là que je me suis aperçue que je savais faire et que je prenais du plaisir à le faire. »
Ce déclic, après des semaines de doutes, reste un des moments forts de cette formation. Il m’a permis d’aborder l’examen final avec bien plus de sérénité que je ne l’aurais imaginé quelques semaines auparavant. La soutenance devant jury est une épreuve en soi, stressante, exigeante, et je suis fière de l’avoir réussie.
DANS QUELLE MESURE TES COMPÉTENCES EN CHIMIE ANALYTIQUE T'ONT-ELLES ÉTÉ UTILES DANS LE DÉVELOPPEMENT ?
Dans l’industrie pharmaceutique, la traçabilité est primordiale. J’avais l’habitude de rédiger des rapports en me mettant à la place du collègue qui utiliserait mon travail, ou de l’auditeur qui voudrait comprendre mes choix. Cette façon de travailler se transpose parfaitement dans le développement : commenter son code, expliquer ses choix d’architecture, rédiger une documentation claire pour ceux qui reprendront le projet.
« 25 ans de rigueur, de minutie et de transparence sont des compétences transversales précieuses en conception et développement d’applications. »
La qualité, la précision et la méthode font partie de mon ADN professionnel. Ce n’était pas à apprendre, c’était à transposer.
EN TANT QUE FEMME RECONVERTIE DANS LA TECH, QUEL MESSAGE PASSERAIS-TU À CELLES QUI N'OSENT PAS ENCORE FRANCHIR LE PAS ?
Enfant, dans les années 80-90, la programmation m’attirait déjà. Mais je ne voyais que des profils masculins dans ce métier, pas de modèle féminin, pas de référence à laquelle m’identifier. Sans m’en rendre vraiment compte, j’ai écarté cette voie par peur d’être seule dans un univers qui ne semblait pas fait pour moi.
Pendant mon stage, j’étais la seule femme de l’équipe de développement. C’est une situation déstabilisante, même si l’accueil a toujours été chaleureux. En reconversion, il y a déjà le syndrome de l’imposteur à surmonter, alors être la seule femme est une épreuve supplémentaire.
« Les compétences n’ont pas de genre. Les parcours atypiques sont une richesse, pas un frein. Et la meilleure chose que nous puissions faire collectivement, c’est d’apporter davantage de modèles féminins tech aux jeunes filles. »
TU ES RETOURNÉE CHEZ TON ANCIEN EMPLOYEUR AVEC UNE NOUVELLE CASQUETTE TECH. COMMENT S'EST PASSÉE CETTE TRANSITION ?
Sincèrement, mon projet n’était pas de retourner dans mon ancienne entreprise. Mais avec le temps, j’ai appris à saisir les opportunités, et même à les créer. À la fin de ma formation, un poste s’est ouvert pour renforcer l’équipe d’intégration d’un logiciel de gestion du laboratoire. Ce poste ne correspond pas exactement à ma formation de développeuse, mais mes nouvelles compétences sont une vraie valeur ajoutée. Je connais l’industrie pharmaceutique et cette entreprise sur le bout des doigts. C’était une chose sur laquelle il fallait capitaliser.
Ce qui m’a procuré le plus de plaisir dans cette transition, c’est la phase de conception de l’application interne : modéliser la base de données, recueillir les besoins des futurs utilisateurs en rencontrant mes collègues des différents services, concevoir les maquettes et les ajuster en fonction de leurs retours.
« Quand un collègue me soumettait une idée de fonctionnalité en pensant que ce serait compliqué, et que je lui répondais que c’était tout à fait faisable, la surprise dans leurs yeux valait beaucoup. »
C’est concret, c’est utile, et ça donne du sens au travail.
AS-TU LE SENTIMENT D'AVOIR ATTEINT TES OBJECTIFS PERSONNELS AVEC CETTE RECONVERSION ?
Quand je travaille sur mes nouveaux projets, je ne vois plus le temps passer. Et c’est exactement ce que je cherchais.
Cette reconversion m’a apporté une confiance en moi retrouvée et une créativité nouvelle. Je n’ai jamais vraiment l’impression d’avoir atteint mes objectifs parce que j’en construis sans cesse de nouveaux. Le secteur du développement offre un vaste panel de possibilités et de projets à créer.
C’est peut-être le signe que je suis enfin sur la bonne voie.
COMMENT PERÇOIS-TU L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE DANS TON QUOTIDIEN DE DÉVELOPPEUSE ?
J’étais ravie de son arrivée. C’est un formidable outil d’assistance qui prend en charge les tâches rébarbatives et aide à corriger les bugs. Mais il y a un mais important :
« Pour bien utiliser l’IA, il faut comprendre ce qu’on fait. Il faut avoir les compétences pour évaluer ce qu’elle produit, corriger ses erreurs, choisir une architecture, tester et sécuriser. Elle amplifie les compétences, elle ne les remplace pas. »
QUEL CONSEIL DONNERAIS-TU À QUELQU'UN QUI RÊVE DE RECONVERSION MAIS A PEUR DE REPARTIR DE ZÉRO FACE À DES PROFILS PLUS JEUNES ?
Je ne cacherai pas que le marché de l’emploi du dev est devenu difficile pour les profils sans expérience. Mais je pense que les recruteurs se trompent de vision : une longue carrière avant la reconversion apporte une connaissance fine du fonctionnement des entreprises, une capacité à gérer les conflits, à communiquer, à prendre du recul. Ce sont des compétences que les profils plus jeunes n’ont pas encore forcément acquises.
Mes conseils concrets :
Bien préparer son dossier de financement. J’ai passé plusieurs mois à construire le mien, accompagnée lors de mon bilan de compétences. La préparation fait toute la différence.
Activer son réseau. J’ai trouvé mon stage grâce à un ami. Le réseau est souvent le meilleur chemin, surtout quand on est junior.
Créer des projets personnels. Un projet visible sur GitHub vaut plus qu’un diplôme seul auprès des recruteurs.
Et surtout : croire absolument à son projet. La motivation et la préparation minutieuse sont les meilleurs arguments pour convaincre un employeuret, les organismes financeurs. Si vous y croyez vraiment, ça se voit. Et ça convainc.
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